Ci-dessous des extraits de lettres ou messages reçus après l’envoi des « Hypothèses et questions politiques » (voir ci-dessus, à la page portant ce titre). Ces messages sont, pour la plupart, adressés à Denis Guénoun, qui a signé le texte initial. Mais notre souhait est évidemment que la discussion s’élargisse.

 

Une lettre de Frédéric Neyrat, philosophe, le 10 octobre 2007:

Cher Denis,

(…)

1. je commencerai par la fin. «  Radicalisme et pragmatisme vont désormais de pair  ». C’est ce qui devrait être, c’est-à-dire que les conditions objectives et subjectives de ce qui est et de ce qui devrait changer sont telles qu’on ne devrait absolument plus séparer radicalité et pragmatisme, révolution et réforme. Or ce n’est pas le cas, ça ne va pas de pair, en tous les cas pour moi, et pour d’autres : on est pris sans cesse dans une schize, qui nous fait alterner, dans nos choix et dans nos actes, votes et non-votes ou retrait ; appel à plus de commun et volonté de défaire ce commun-de-basse-intensité que l’on nous crée. Je ne sais jamais actuellement si je dois, par exemple, participer à un colloque qui va faire connaître la pensée écologiste américaine si dans la forme même de cette présentation le vif de cet apport est tout de suite et déjà intégré-digéré-rendu-commun, quand l’étrangeté de ce commun – cet autre monde, cette autre forme de vie, ces «  nouveaux modèles de vie commune  » – risque d’être perdue, sa virtualité étouffée.

Si je suis, comme tu me l’as dit, peut-être d’ » extrême gauche  », c’est en même temps en ne me reconnaissant pas dans l’extrême gauche telle qu’elle est, parce que le lien n’est pas fait entre radicalité et pragmatisme, et nous devons le faire.

2. Je crois que ce lien ne sera possible qu’en constituant un nouveau Grand Récit, un Grand Récit certes fissuré, combattant l’Un mortifère mais Grand tout de même – au niveau monde donc, mais aussi plus-qu’humain j’y reviendrai après. Le mythe ne me fait pas peur s’il est intégré à un dispositif rationnel. Ce qui veut dire faire des images, faire des Belles Images, proposer (installer écrire jouer sur scène et filmer) des images désirables, des attracteurs-à-sublimation (cf. Bernard Stiegler). Je crois donc que c’est la question numéro 1, et qu’il faut tout repenser et placer la «  critique  » (cf la fin de tes «  Hypothèses  »), l’intervention critique comme un élément intégré à l’image désirable d’un autre monde ;

3. Tu parles de «  l’humain dans sa plus vaste extension - et encore, cette dimension d’humanité ne doit-elle pas s’exonérer d’un souci voué à la nature dans son ensemble, et en particulier à la vie animale et végétale  », ainsi que d’  » assignation de la politique à l’espace de l’humain  ». Dans la perspective d’une nouvelle image de l’être (et de la pensée), je crois essentiel de reprendre en le déplaçant complètement le problème de l’anti-humanisme, au moins stratégiquement, un antihumanisme qui n’a rien à voir avec la misanthropie (je suis en train en ce moment d’écrire un texte pour expliquer qu’une écologie politique véritable ne peut être qu’anti-humaniste en un sens qui ne correspond pas aux critiques de Ferry et qui déjoue aussi la peur des écologiste qui disent pour se protéger «  mais non mais non on aime les humains !  »). La question que je te poserais serait relative au «  ne pas s’exonérer  » qui vient dans un second temps, alors qu’il me semble – mais là il faudrait qu’on discute de près – qu’il faudrait plier ta phrase sur elle-même. SI comme tu le dis l’espace est monde, mais SI la mondialisation anthropoformiste a eu pour effet d’isoler l’être humain (là-dessus C. Lévi-Strauss a tout dit avant les deep ecologists ! cf ses textes dans Anthropologie structurale 2 sur la question de l’humanisme) alors la mondialisation anthropoforme (au sens de Nietzsche par exemple : «   » humaniser  » le monde, c’est-à-dire nous sentir toujours davantage en lui comme des maîtres  », et encore  » nous humanisons le monde à notre usage, nous le rapprochons de notre sentiment  » ; au sens d’un monde pour l’homme, pour son usage qui se retourne en destruction : POURQUOI ? C’est la question) alors donc ce monde doit être combattu en l’ouvrant à ce-qui-n’est-pas-l’humain. Serais-tu en désaccord avec cela ?

«  Nous sommes farouchement religieux  » disait Bataille dans Acéphale. Je ne peux pas dire cela, mais il faut que j’essaie de dire quelque chose qui se situe au même niveau d’ouverture. De «  traduction  », tu emploies ce mot, il faut traduire pour traverser non seulement les portes des nations (d’accord sur ce que tu en dis), mais aussi les portes du natal-humain. Le monde «  humanisé  », c’est le monde dans lequel le commun de la communauté devient une affaire strictement privée ­- privée de tout ce qui n’est pas humain. (le concept de multitudes m’a beaucoup plu à un moment donné comme concept de passage), c’est un monde hélas où «  plus rien de l’humain ne nous est étranger  » et où le non-humain ne nous apparaît même pas comme une altérité symbolisable ;

4. Sur le problème des «  limites infranchissables  » (j’avais fait mon premier séminaire il y a six ans au Ciph sur les question des limites, réelles symboliques imaginaires économiques écologiques ontologiques du capitalisme). Un point sur lequel on peut dire les choses plus nettement, car tu dis : «  d’une part, la justice : le capitalisme semble définitivement confirmer son inaptitude foncière à réduire l’injustice sociale  ». Semble ?…

Sur la seconde limite, «  objective  », d’accord sur l’idée qu’il ne peut y avoir d’ «  écologie capitaliste  » ET EN MÊME TEMPS c’est ce qui se passe ! (cf la géo-ingénierie) c’est cette contradiction de la contradiction, cette synthèse de mort que je veux comprendre, car le capitalisme «  force  » la «  frontière externe  » dont tu parles, et c’est cela notre plus grand cauchemar…

5. donc la politique. Tu parles de «  gouvernance mondiale  » «  articulée à la position d’une citoyenneté planétaire  ». Et si il fallait partir de cela ? Le nom du sujet. Citoyen résident consommateur producteur. Habitant. Vivant. Etre humant. Comment articuler entre eux les différents niveaux de l’existence du sujet ? Car peut-être que de nombreuses choses reposent sur cette – nouvelle – articulation et qu’un nouveau «  commun  » s’en tirerait.

A quel endroit (psychique, corporel) serait-on sollicité à la politique ? Comment nommer ce que je suis au monde ? Encore une fois je suis d’accord sur le fait qu’il faut en passer par le monde dans l’ «  examen  » des problèmes, et voir ensuite les cadres individuels et collectifs comme des «  modulations  » (en disant bien que la modulation a de l’être, c’est une transcription active, un niveau onto-politique réel)…

Bon, j’arrête là pour ces remarques vraiment à chaud, non équilibrées.

(deux références que tu connais peut-être déjà :

«  Qu’est-ce que penser à gauche, aujourd’hui ?  »

on

http://seminaire.samizdat.net/Qu-est-ce-que-penser-a-gauche.html

et I. Stengers « Avoir besoin que les gens pensens », sur le site Mouvements

http://www.mouvements.info/spip.php?article169

amitiés

Frédéric

Bernard Bloch, comédien, lettre du 17 octobre 2007 :

Ce texte ouvre de belles pistes de discussions et de réflexions, notamment en ce qui concerne la Question morale dont je ne suis pas étonné que tu y fasses référence avec autant de force. Sur ce point, je te reçois 5 sur 5. Encore que cette question morale ne peut pas se penser, à mon sens, sur un plan subjectif, individuel, quelque chose qui serait de l’ordre se la « bonté » ou de la « méchanceté ». Je pense que le monde (et donc tout le monde!) à intérêt à retrouver un sens moral à son développement. Que ce développement sera juste ou qu’il ne sera pas, pour paraphraser Malraux, et qu’il y va de notre survie à tous. Mais j’magine que nous n’aurons pas de mal à nous mettre d’accord là-dessus.

Tout à fait d’accord avec toi quand tu pointes l’impensé du XXème siècle depuis 1918. Mais il me semble qu’il y a une dimension de ces 100 dernières années sur laquelle tu n’insisites pas assez, que tu oublies même un peu. C’est celle de la généralisation du massacre de masse (pléonasme un peu lourd). Et je ne parle pas là de l’encombrant devoir de mémoire. Ce terme m’insupporte d’ailleurs depuis longtemps: il produit l’effet inverse de celui qui est recherché; il est de l’ordre de la sidération, de la fascinantion, de la tétanisation et donc, souvent, de l’incapacité à penser.

Non, ces massacres – dont le premier, celui des Arméniens par l’Etat turc, a commencé, comme par hasard en 1918 -, ont participé de la marchandistion de l’humain. Il ne s’agissait plus seulement, comme pendant quatre siècles d’esclavage, de se servir des êtres humains comme d’outils, producteurs de valeurs (et non de richesses comme dit André Gorz), mais de considérer la majorité des êtres humains comme des choses, des objets inanimés dont on se débarasse dès qu’ils dérangent ou qu’ils ne servent plus. C’est ce qu’on retrouve, soit dit en passant, dans le déplacement qui s’est opéré quand, dans les grandes entreprises capitalistes (qu’elles soient à fonds publics ou privés), les Chefs du personnel sont devenus des DRH, des directeurs des ressources humaines…! Je dois dire qu’en l’occurence, le film de Nicolas Klotz, La question humaine qui aurait pu être pile dans le sujet est hélas un film raté, voire dangereux…mais ça, c’est une autre question…humaine, elle aussi.

Adriano Fabris, professeur à l’Université de Pise, le 24 octobre 2007 :

ho ricevuto e letto con interesse il tuo progetto etico-politico. Sono molto d’accordo sull’impostare la politica a venire in una prospettiva globale e planetaria. Così sono molto d’accordo a situare la politica su di un piano etico, evitando però di associare  morale e repressione e facendo sempre valere il carattere emancipatorio e liberatorio dell’universalismo.

 

Pierre-Damien Huyghe, philosophe, le 29 octobre 2007 :

(…) 

Je crois utile qu’une discussion s’organise autour de ton texte, en précise le cas échéant un certain nombre de propositions ou en produise d’autres complémentaires. Ce qui m’intéresse tout particulièrement, c’est le fait d’entamer la réflexion pratique par la valeur du juste plutôt, par exemple, que par celle du durable. Je pourrais en exposer les raisons. Pour être bref, voici un petit extrait d’une interview que publiera prochainement la revue Azimuts sous le titre « Design, moeurs, morale » : « en revenant à des textes qui ont lancé la réflexion sur l’éthique, la politique et même le rapport à la technique d’une manière générale, je me suis demandé si nous ne serions pas mieux fondés à parler de développement juste plutôt que de développement durable. Etant entendu que si on parle de développement juste on implique les valeurs positives qu’on essaie de formuler dans la notion de développement durable. Le raisonnement est le suivant : si le développement actuel est injuste ou si par hypothèse dans notre façon de conduire la technique il y a de l’injuste, le fait que ça dure n’est pas une bonne chose. Je pense que la question fondamentale est non pas exactement la question de la justice en tant qu’elle cherche des compensations ou des réparations a posteriori mais la question du juste en amont, dans la production même. Est-ce que la façon dont on produit est juste ? La question est large, le juste impliquant des questions d’égalité mais aussi d’adéquation, de justesse. Je pense que si on ouvrait cette question du développement juste, paradoxalement, bien qu’elle ait l’air trop critique par rapport à la notion du durable, elle ouvrirait le champ de réflexion de façon plus pertinente ».

Je crois également utile de travailler autour des formules suivantes : responsabilité des techniques, responsabilité quant aux techniques. Cela veut dire globalement pour moi : ne pas dissocier l’élaboration de nos formules politiques de nos conduites – de nos moeurs – avec les objets, penser que nous n’avons pas de relation – pas d’état – qui ne passe par des objets impliquant des dynamiques relationnelles (je pense en particulier aux dynamiques de communication).

Je crois enfin utile de mettre en chantier une réflexion sur les limites acceptables du contrat comme forme des relations. C’est une question impliquant un travail philosophique de profondeur. C’est aussi une question laissée à l’état de maturation dans l’encore récent mouvement anti-CPE en France. Je crois qu’il faut savoir reconnaître que le gouvernement dirigé par M. de Villepin a su bloquer la maturation de cette question. Nous ne sommes pas encore prêts à la prendre en charge. Je te communiquerai prochainement les éléments d’un début de méditation en la matière (c’est la revue La pensée de midi qui accueillera en 2008 cette méditation).

(…)

Marcello Vitali Rosati, philosophe (Italie), le 4 novembre 2007 :

je trouve l’initiative Montaigu très intéressante. S’il y a une seule
bonne chose dérivée de l’élection de Sarko, c’est une certaine
renaissance de la réflexion politique. C’est ce qui est arrivé en Italie
après l’élection de Berlusconi. C’est étonnant comme, dès le mois de Mai, j’ai reçu par plusieurs amis français des propositions de réflexion politique. Malheureusement après que Prodi est devenu Président, en Italie cette vague de réflexion s’est éteinte et on arrive maintenant à ne pas critiquer un décret d’expulsion de 5000 personnes coupables du fait que l’un des leurs concitoyens a commis un meurtre. 

À propos de ton texte j’ai juste un petit doute: tu ne parles jamais de l’importance politique de la communication et en particulier de la façon dont les pouvoirs – soit économiques soit étatiques – arrivent à créer des imaginaires culturels à travers la communication et grâce à cela à gérer les conduites. Ce phénomène, qui existe depuis toujours, bien sûr, mais qui caractérise particulièrement notre époque, différencie notre société de celle décrite par Marx et trouble, je crois, quelques uns des concepts que tu utilises dont celui de démocratie et celui d’éthique.  Comment penser la démocratie dans notre “information age”? Évidemment on ne peut plus croire de façon naïve à une liberté d’opinion qui s’expliquerait après dans la participation politique démocratique. L’opinion est construite et gérée par ces qui peuvent gérer la communication. Et l’éthique: quels sont ses valeurs? Désormais elles sont créées très facilement par les entreprises qui ont la possibilité de communiquer leur brand avec une force épouvantable. Et personne, même pas les intellectuels, ne peut y échapper. Le début de l’éthique ne peut donc être autre qu’une critique de l’éthique même. Autrement on risque, en demandant moralité à la politique, d’accroître le phénomène de gestion privée du pouvoir politique: body shop s’occupera de la politique écologique, Benetton de la politique de migration, Armani de la discrimination sexuelle. 

Bon, évidemment, quand tu parles de méthode tu cites en premier qu’elle doit être critique; je me demande seulement s’il est possible, du début, ajouter l’adjectif “éthique” ou s’il devrait apparaître seulement en route… 

Daniel Payot, universitaire et écrivain, le 4 novembre 2007 :

Je n’ai pas trouvé le temps de répondre comme je l’aurais
souhaité, mais je tenais à te dire que la perspective d’une discussion
politique sur la base du texte que tu as rédigé ma paraît à la fois nécessaire et enthousiasmante. Je ne sais pas si je pourrai intervenir de façon très pertinente, mais c’est en tout cas une initiative que je soutiens et à laquelle je serais heureux d’apporter une contribution, sous une forme ou sous une autre.

Ce que j’aurais voulu faire, en plus de cette déclaration générale, c’est revenir sur telle ou telle proposition, non pas pour dire un désaccord, mais peut-être pour la commenter ou la reformuler. Certaines me paraissent à la fois on ne peut plus juste et encore (pour moi) insuffisamment pourvues de contenus précis, et c’est en cela qu’il pourrait y avoir vraiment travail en commun.

Joël Jouanneau, homme de théâtre, le 4 novembre 2007 :

cela provoque mon intérêt c’est certain, et même mon approbation sur le constat, reste que pour moi c’est dans l’état d’urgence où nous sommes il nous faut partir de là pour avancer et faire des propositions et non débattre sur le constat. Disons que la discussion serait ouverte non sur ce que tu as écrit mais sur les possibles sentiers ou issues de secours.

Pascal Heisserer, professeur, le 5 novembre 2007 :

 attention à ne pas somber dans une politique fiction, une politique qui veut fictionner la réalité

mais bon courage à vous

Jérôme Thélot, universitaire et homme de lettres, le 9 novembre 2007 :

Cher Denis,
Je ne me sens pas proche de ton texte, voici pourquoi :

1. Il y est question sans relâche du “monde”, jamais des individus. Or nous ne sommes pas essentiellement des sujets historiques, des sujets politiques, nous sommes (ou devrions être) des fils de Dieu. Ce n’est pas à l’histoire que les individus appartiennent, ce n’est pas comme histoire que  notre vérité se produit (si elle se produit).

2. Il y a dans tes références une forme de nostalgie, me semble-t-il, du moment “révolutionnaire”, au moins un désir de réinterroger toujours et encore ce moment-là de notre passé : je ne me sens pas du tout cette nostalgie-là. En particulier je commencerais, pour ma part, par une critique de la violence. (À cet égard ton texte m’arrive peu après que j’ai fini la lecture éblouie du dernier livre de René Girard, que tu devrais faire tien).

3. Ta pensée est progressiste : l’émancipation ici réclamée pense devoir en passer par le recours à la technique (mais que pourrait bien être une technique hors du capitalisme?). Or je voudrais faire valoir, quant à moi, un penser poétique en guise de critique politique, qui sache à bon droit se méfier des progressismes de toutes sortes. Ici je commencerais (quitte à être radical) une nième critique de la technique, sans crainte de m’entendre reprocher quelque “régression” que ce soit (ce dernier mot est par trop facile dans ton exposé, où il désigne déjà des ennemis potentiels, de futurs boucs émissaires).

4. Ton mode d’exposition ne me séduit pas : la part des grands concepts y est bien trop importante, le destinataire postulé y est bien trop l’intellectuel, le savoir véhiculé bien trop général. Je cherche pour ma part une pensée qui subvertisse l’empire du concept, qui soit une connaissance du particulier, et qui s’adresse non à l’intelligence mais aux personnes réelles.

Merci pour ton envoi, cher Denis.
 

Gérard Bras, professeur de philosophie, le 13 novembre 2007 :

En partageant tes orientations, j’apporterai trois remarques à discuter :
1°) je crois de plus en plus que la réflexion politique doit renouer avec ce qui chez Machiavel ou Montesquieu relevait de la prise en compte des moeurs et de leur évolution au sein d’un régime politique, prise en compte qui réfléchit les transformations subies par le mode de gouvernement à raison de cette évolution. Ou, en un vocabulaire spinoziste, ce qui procède des affects qui circulent dans la société. Quels sont les affects qui caractérisent l’état présent ? Il me semble que la réponse à cette question, pas si simple que ça, éclaire en partie l’état des choses. (Voir Badiou qui la caractérise par la peur, sans expliquer ce qu’est la peur).
2°) je crois qu’une réflexion sur la question de l’égalité/équité est essentielle : le libéralisme contemporain est suffisamment fort pour se payer le luxe d’une diminution de la protection sociale au nom de l’équité. Ceci doit aussi engager une réflexion sur le rapport concret dans le travail. Les travaux, entre autres de Dejours, montrent qu’une bonne part de la politique se jouent à ce niveau extrêmement concret.
3°) La nécessité de se situer au niveau d’une gouvernance mondiale, de dépasser le cadre de l’Etat Nation, fait aussi courir le risque de noyer certains problèmes, dont ceux de la protection sociale, précisément. Pas si facile de se débarrasser de la souveraineté, comme le remarquait  Derrida.

Jean et Renée Nicolas, professeurs, le 14 novembre 2007 :

Est-ce que cela veut dire qu’il y aurait cohérence globale et réponse globale ? Là-dessus, nous sommes perplexes,  car nous ne pensons pas (ou nous ne pensons plus) que les différentes phases s’enchaînent selon une logique unique. Il y a encore d’autres lignes de fracture, d’autres lignes de lecture. Tu évoques « l’impensé du XXe siècle », mais peut-être sommes-nous toujours dans l’aveuglement pour ce qui se passe sous notre nez. Ne faut-il pas tenir compte aussi des fractures au sein du monde musulman, peut-être plus déterminantes que l’affrontement avec le monde occidental – elles ont été jusqu’à présent beaucoup plus meurtrières– ? Et encore de l’antagonisme violent (à peine masqué) entre Occident-USA et monde asiatique ? Quant au problème de l’environnement, il ne nous semble pas relever de la même logique, car tous les modes de production, tous les régimes politiques sont également responsables. D’abord de l’air à respirer, de l’eau à boire,  des forêts…  L’exigence de justice est sûrement essentielle, mais que devient-elle  si la vie biologique n’est plus possible sur la planète, s’il n’y a pas de maîtrise démographique, etc ? 

Assez de points d’interrogation dans notre message, voilà en vrac les idées qui nous viennent à te lire. 
 

Prof. Egidius Berns, philosophe, (Pays-Bas), le 14 novembre 2007:

D’une maniere generale je me sens tres en accord avec toi. Ma seule reserve concerne l’usage (p3, 4, et 5) que tu fais du terme (negatif)   »capitalisme », car il escamote  la necessite qu’un debat sur l’economie est de toute facon inevitable, comme tu le remarques d’ailleurs toi-meme a la page 7. Il me semble tres difficile, bienque absoluement necessaire, de distinguer entre ce qui releve du capitalisme et ce qui releve de l’economie. Une critique politico-ethique du capitalisme ne peut pas faire l’impasse sur les contraintes economiques. 

J’aimerais beaucoup que tu continues a me tenir au courant de ton initiative.

Pierre Pachet, écrivain, le 16 novembre 2007 :

Je ne veux pas laisser passer l’envoi de votre texte politique sans 
une réaction. D’abord vous remercier d’avoir fait cet effort de 
pensée, de synthèse, d’expression claire – et de me l’avoir envoyé. 
J’aimerais bien réagir dans le détail, mais je ne sais pas si j’en ai 
la force, comme vous avez eu la force de proposer, ni même le désir; en tout cas aucune objection ne me vient. Je ne crois pas être indifférent ni résigné devant les questions dont vous parlez. Mais je suis aujourd’hui réticent devant les propositions les plus générales, surtout si elles appellent à un ralliement ou à un débat sur leur base. Je me souviens, il y a 15 ou 20 ans je crois, d’un appel d’une sorte de “mouvement pour la vérité et la moralité” en politique, qui comptait parmi ses animateurs Castoriadis et Vidal-Naquet. Il comportait des idées séduisantes, mais aussi (signée Castoriadis?) une condamnation sans appel du réformisme. Et je m’étais dit: à quoi bon? est-ce que cela nous fait avancer.

Votre texte est beaucoup plus clair et précis que celui-là. Mais il 
comporte beaucoup de “il faut” et de “doit” dont je me demande quoi faire. Il se réfère à une “bonne” façon de poser et d’aborder les problèmes; peut-être y en a-t-il une, mais je suis plutôt frappé par la multiplicité des façons de penser, y compris dans ma propre tête. 
Je suis sûr que j’ai tort, et qu’il y a des données globales ou 
générales qu’il ne “faut pas” oublier, en effet. C’est pourquoi je 
vais garder votre texte en tête, et dans mon ordinateur.

Jean-Louis Estany, directeur de théâtre, le 3 décembre 2007 :

Pour Montaigu, le propos du texte, tel que je l’ai lu, me fait penser qu’il faut entreprendre un certain travail; ce texte le fait. Il s’agit d’un travail de refondation, de réinvention, des valeurs de la gauche et/ou de la république, dans le contexte actuel.Il s’agit de repenser l’adaptation à un monde en changement profond. La pure adaptation économique n’a évidemment aucun sens;  il faut aussi un travail sur le valeurs, sur le sens. Les pays qui explosent aujourd’hui – Chine, Inde – l’ont fait, le font. Ils n’écoutent pas le FMI, ne sont pas politiquement corrects, s’arrangent avec leur histoire, s’appuient sur des valeurs qui leur sont essentielles.Pour nous, c’est la question de la gauche et de la république, qui est le socle de nos valeurs, et que nous devons repenser; elles apparaissent aujourd’hui comme tombées en cendres, comme mortes à l’intérieur. Tous les discours aujourd’hui sur ce terrain paraissent en langue de bois. Dans la mondialisation, c’est aussi un modèle occidental, européen, français, qui est bousculé. Le rôle de l’état par exemple.  Cela renvoie à ça: Quel est le rôle de la nation, la nature même de la nation aujourd’hui? Que doit faire l’état aujourd’hui dans la mondialisation? Qu’est-ce que le service public aujourd’hui? Quels sont les principes de base de l’éducation aujourd’hui?Ce n’est pas seulement une dimension morale, qui s’opposerait au cynisme du politique ou à l’aveuglement de l’économique. Ce travail sur les valeurs est un préalable ou un corollaire à l’action, à l’économique. C’est un préalable à ‘comment faire’, à ‘que peut -on faire’; ‘que doit faire l’état’, ‘que serait – il bon qu’il fasse’, est un préalable à la question ‘que peut l’état’, par exemple. C’est niveau intermédiaire et nécessaire de questionnement entre l’analyse purement politique et l’analyse purement économique de la situation.J’ai pu constater notre impuissance, collective, pour agir politiquement, pour ‘faire un programme de gauche’, un ‘nouveau logiciel’… On propose aux militants PS de réfléchir sur ‘l’Europe’, ‘le socialisme et le marché’… ce genre de choses. Il n’y comprennent rien. Eux s’attachent à des valeurs; ils veulent bien, au delà des conservatismes, disons d’intérêt, corporatiste et autres, ils veulent bien changer avec le monde, mais selon quelles valeurs ? Comment ne pas se trahir ?Il ne suffit pas d’ailleurs de s’arc bouter, pour ‘résister’; il faut aussi avoir foi en l’avenir, avoir une lecture cohérente du futur. Il faut avoir des valeurs. Il ne suffit pas de nier les faits, comme souvent nous le voyons, mais de réécrire un futur. Cette dimension est celle de nos enfants, du devenir du monde. C’est assez concret.Il y a dans les changements du monde actuel, des dimensions liées ensembles, formant espace, qui sont pourtant distinctes: la mondialisation aujourd’hui radicale – entamée depuis l’aube du commerce, par les phéniciens, déjà…, une révolution technique absolument extraordinaire, une financiarisation nouvelle – néolibéralisme – de l’économie avec une intrusion de l’économique dans le culturel. Cela produit, à la fois, de nouvelles formes d’aliénation sociale et culturelle et, à la fois, de nouvelles formes de liberté.Pour moi, la liberté est la clé de voûte de notre système de valeurs partagées. Elle doit le rester. Elle va de pair avec la connaissance. Où perdons nous en liberté? Où gagnons nous ? Où la liberté se trouve – t – elle en conflit avec d’autres valeurs? 

Joseph Danan, écrivain, message du 4 décembre 2007 : 

-  hypothèses que j’ai lues avec un très vif intérêt et par rapport auxquelles je m’éprouve, comme beaucoup sans doute, en plein accord. Au-delà de l’évidence qu’il y a urgence à agir : ce mur (fût-il imaginaire), sur lequel nous butons et qui rend aujourd’hui toute action si difficile. Peut-être est-ce cela qu’il faudrait analyser pour avancer : notre difficulté présente à agir, notre inertie ou notre inhibition. Dire que les obstacles sont imaginaires ne suffit pas, ils sont aussi les effets bien réels de la situation dans laquelle nous sommes et des leurres idéologiques dont nous sommes captifs.Je ne sais pas sous quelle forme il convient de poursuivre ce que tu as enclenché mais le poursuivre est nécessaire.

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